Valentina Acierno
Vicens Vidal
Victor Rahola
Xabier Eizaguirre
Xabier Unzurrunzaga
Xavier Fàbregas
Xavier Monteys
Xavier Rubert de Ventós
Zaida Muxí
Àlex Giménez
Amador Ferrer
Angel Martín
Anton Pàmies
Antoni Llena
Antoni Marí
Antonio Font
Aquiles González
Ariella Masboungi
Axel Fohl
Beth Galí
 
La triste nouvelle du décès de Manuel m’a été transmise juste il y a trois jours dans
mon domicile italien. Permettez moi de vous faire parvenir un court et sincère message par manque de pouvoir recourir à mon archive.
Mon frère et moi, accompagnés de nos femmes et sœurs, nous avons eu la rare chance de rencontrer Rosa et Manuel l’été passé dans leur demeure à Artà, Manuel toujours avec la même fraîcheur que je l’ai connu dans les années 80. Et rien n’a fait pressentir qu´un de nous devait nous quitter si vite.
Ma première rencontre avec Manuel date du début des années 70, lors des symposiums d´architecture organisés par Linazasoro et Garay et leurs amis à San Sébastian. Après une de mes conférences sur L’Espace de la ville, Manuel m´a prié de lui confier mon manuscrit qu’il a su publier chez l’éditeur Gili. C´est seulement après cette publication en espagnol que j’ai su trouver un éditeur allemand. Je les avais contacté tous avant et ils avaient unanimement refusé de le publier. Ce manuscrit a été l’objet d’une thèse de doctorat à l’université de Munich, où j’ai passé mes études d’architecture et cette étude a été refusée par manque de qualité scientifique. Je sais donc infiniment gré à Manuel d’avoir aidé à promouvoir mes recherches dans le domaine de l’urbanisme. Nous partagions avec la même ardeur la passion pour un domaine qui a été, et l’est toujours, maltraité dans notre société si infiniment susceptibles à des modes futiles. Manuel m’a aidé à faire valoir la haute responsabilité sociale dans ce domaine.
Les rencontres à San Sébastian ont été aussi à l’issue d’une série de projets d’urbanisme que j‘ai pu faire pour les villes de Irun, San Sébastian et Bilbao, qui malheureusement n’ont pas vu le jour.
Mais tout effort a sa bonne fin et elle s’est réalisée presque 40 ans après dans un îlot urbain que j’ai eu la chance de construire à Bilbao, ensemble avec mes amis Marc Breitman et Inaki Aurrekoetxea. Un bon nombre de mes sculptures ont pu être intégrées à cette architecture.
Comme la vie est un tissus fin de relations humaines, amicales et sentimentales, l’influence de Manuel sur ma vie professionnelle et artistique a porté d’autres fruits inattendues. Je passais avec ma jeune famille les vacances d’été vers 1985, ensemble avec Rafael Moneo et sa femme, dans la prestigieuse maison de Rosa et Manuel à Artà, sur l’île de Majorque. Rafa avait apporté un bon jambon iberico, Rosa nous servait régulièrement son gin tonique traditionel comme apéritif et Manuel m’invitait à travailler la terre glaise qu’il s’était procurée dans la région, pour lui sculpter quelques figures pour son projet du Moll de la Fusta à Bacelone, un projet qui se faisait pour les jeux olympique de 1992. Sous les combles à moitié ouverts de sa maison, où sifflait en permanence une brise fraîche, je me mis à donner le jour à une thématique sculpturale qu’il voulait poser en bordure de son nouveau boulevard urbain en face de la ville historique. On faisait cuire sur place les petites figures et Manuel les présentait au maire de Barcelone.
Quelques semaines plus tard je reçois à Vienne, ou je vivais, une invitation pour un diner à la mairie où Maragall me présentait un contrat pour une série de sculptures d’illustres personnages de la ville, qui avaient surtout eu des relations avec la vie du port La ville mettait à ma disposition des aides professionnelles de l’école des beaux-arts. Les premières esquisses se réalisaient dans l’atelier du sculpteur défunt Clarà et les travaux définitifs dans le Mercat de les Flors au Montjuïc.

Comme résultat de ce long travail, deux sculptures monumentales en bronze, ont été inaugurées autour de la direction du port peu avant l’ouverture des jeux olympiques, l’une représentant l’homme politique Bosch i Alsina, dont le nom a été donné au nouveau Moll de Manuel et ‘autre représente le poète Salvat i Papasseit qui a écrit de merveilleux poèmes sur le port et la mer devant Barcelone. Ce travail a été suivi régulièrement par une commission d’art dont étaient entre autres membres, à coté du maire et de Manuel, les architectes Bohigas et Moneo. De nombreuses rencontres pendant mon séjour à Barcelone me sont en si bonne mémoire que j’ai toujours regretté ne pas avoir vu le jour dans ce pays méridional avec ce patrimoine culturel incomparable, sa langue mélodieuse et son tempérament débordant de sensualité et de lyrisme.
Malheureusement je n’ai jamais eu la chance de collaborer étroitement avec Manuel dans un projet d’urbanisme. Nos vies professionelles entre Barcelone, Vienne et Berlin étaient séparées par une distance trop importante. Mais le hasard nous a arrangé des rencontres inattendues aux aéroports de Bruxelles, d’Anvers et d’Amsterdam, lui travaillant en Flandre, moi dans le proche Brabant Néerlandais et pour une dernière fois nous étions voisins récem-ment dans la ville d’Arnhem, travaillant à des endroits seulement séparés par le Rhin, mais pour une même clientèle qui demandait de nous une pareille qualité d’urbanisme et d’architecture.
Voilà en peu de mots l’expression de ma plus intime gratitude que j’aimerais adresser à Manuel dont j’ai pu jouir de l’amitié la plus dévouée. / Luxembourg