Valentina Acierno
Vicens Vidal
Victor Rahola
Xabier Eizaguirre
Xabier Unzurrunzaga
Xavier Fàbregas
Xavier Monteys
Xavier Rubert de Ventós
Zaida Muxí
Àlex Giménez
Amador Ferrer
Angel Martín
Anton Pàmies
Antoni Llena
Antoni Marí
Antonio Font
Aquiles González
Ariella Masboungi
Axel Fohl
Beth Galí
 
Manuel au carrefour. J’avais rencontré pour la
première fois, si je ne me trompe pas, Manuel au début des années 1980 dans les caves de l’agence de Vittorio Gregotti, via Matteo Bandello, à Milan, alors qu’il était venu participer à une réunion de la rédaction de Casabella, pendant que s’amorçait la transformation de la Barcelone postfranquiste.
Une vingtaine d’années plus tard, Manuel vint me chercher, avec quelques collègues, pour élaborer une exposition destinée au Forum des Cultures 2004 à Barcelone. Il avait imaginé d’y déployer un discours placé sous le signe des cantonades -corners, angles ou carrefours, utilisés comme prétexte à une exploration du discours architectural et urbain à de multiples échelles, du micro-quartier à la mégalopole.
En l’espace de quelques mois je pus prendre la mesure de l’imagination infatigable de Manuel. D’une bonne idée, presque à la limite du
calembour, il fit un véritable programme d’exploration du monde, saisi dans sa diversité et son historicité. À l’échelle architecturale, des grandes maquettes d’édifices d’angle manifestèrent le potentiel inventif généré par l’intersection de deux voies et sa mise en perspective. À l’échelle de l’ensemble urbain, le potentiel d’interaction représenté par les situations d’angle fut illustré par des plans et des photographies. Enfin, à l’échelle métropolitaine, la capacité des villes à articuler et réorienter les courants d’échanges fut révélée par de gigantesques maquettes hyperréalistes de Strasbourg, New York ou Tokyo, tandis que les projets urbains contemporains, notamment conçus autour des gares ou des aéroports, étaient présentés.
Le processus d’élaboration de l’exposition fit appel à tous les registres entre lesquels Manuel savait jouer à merveille: photographie, cinéma, mais aussi boxe et football, jeux dans lesquels les coins ont un
rôle décisif. Et l’invitation faite à l’artiste Pierrick Sorin de filmer quelques saynètes sur les interactions bouffonnes provoquées par les coins vint à point pour briser ce qu’il restait encore de sérieux “scientifique” dans le parcours.
Si je résume en effet les discussions qui se déroulèrent régulièrement pendant les mois qui séparèrent le premier rendez-vous tenu dans le garage transformé en atelier de l’agence de la rue Esperança, et l’inauguration solennelle de l’exposition par le roi Juan Carlos, assez surpris et réceptif d’ailleurs au récit de Manuel, c’est bien ce sentiment qu’une frohliche Wissenschaft, une “gaya ciencia”, était accessible, dans l’entrelacs de la recherche et d’une invention visuelle permettant de rendre compte de façon attrayante de phénomènes abstraits.
De cette fantaisie interprétative, expression en apparence légère à la fois de sa culture immense et de son talent didactique, je sais aussi gré à Manuel. / Paris